Décrocheurs dys (dyslexiques, dyspraxiques, dysgraphiques …)

Les jeunes élèves affectés de troubles dys qui ont « décroché », ou sont sur le point de « décrocher » de l’école ont besoin, pour reprendre confiance en eux, et retrouver le goût de l’apprentissage, d’un accompagnement spécifique : l’articulation d’une rééducation à partir d’un diagnostic affiné (opérés par un spécialiste en milieu médical) à un environnement scolaire adapté, proposant des stratégies de contournement de ces doubles tâches. Le Cours du Pont de Pierre, école parisienne accueillant des jeunes du primaire, collège et lycée construit un écosystème autour des « décrocheurs dys » (jeunes dyslexiques, dysorthographiques, dyspraxiques, dysgraphiques …) pour favoriser leur apprentissage et contourner leurs difficultés. Le Cours du Pont de Pierre est une école spécialisée dans l’accueil de jeunes qui ont, ou sont sur le point de  « décroché / er ».

Les doubles tâches en milieu scolaire favorisent le décrochage des dys.

Notre cerveau n’est pas conçu pour faire deux tâches en même temps, si chacune requiert de l’attention : il n’en fait qu’une. Il s’agit d’une contrainte biologique, d’un  fonctionnement cérébral dont on en a rarement conscience.  On surestime toujours notre capacité d’attention, et celle des autres. Si vous êtes sceptiques, livrez-vous à cette petite expérience : concentrez-vous, et suivez les instructions qui vous seront données à ce lien. Le multitasking est un mythe ! A moins que … l’une des tâches ne soit automatisée. On ne peut pas apprendre en situation de double tâche cognitive. C’est pour cela qu’il est impossible, pour certaines personnes dyslexiques, de déchiffrer un texte et d’en comprendre le sens en même temps.

Essayez de passer cette épreuve en moins de 3 minutes :

 

« Après avoir lu le texte, vous répondrez à la question posée. Cette épreuve est chronométrée. »

Lal ut tev er slar éu s sit e

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Vous voyez comme il est difficile de déchiffrer ET de répondre à la question posée ? C’est ce qui se passe chez les personnes pour qui la lecture n’est pas un automatisme. Il en est de même pour les jeunes dyspraxiques à l’école pour qui il est impossible de ranger leurs affaires ET d’écouter les consignes, pour un enfant dysgraphique de prendre des notes ET de comprendre de quoi il est question, pour un dyscalculique de comprendre un problème ET de poser les opérations qui lui permettront de le résoudre etc …

 Pour mieux comprendre à quel point attendre des personnes dys qu’à la longue, elles soient capables de gérer ces deux tâches à la fois est absurde, et peut être perçu comme injuste, voire cruel par la personne en situation de handicap, regardez le Tedx Talk de Caroline Huron, chercheuse française, psychiatre de formation, chargée de recherche à l’INSERM, experte reconnue de la dyspraxie, membre du Conseil scientifique de l’Éducation nationale français. Pour regarder, cliquez sur l’image ci-dessous, ou suivez ce lien .

Décrocheurs dys :  rééducation, ou adaptation ? Chacun son job !

Il est vrai que certains troubles en dys peuvent s’améliorer dans une certaine mesure, avec l’aide d’un personnel médical qualifié, mais « rééduquer » les élèves « dys » n’est pas le rôle d’une équipe pédagogique, si brillante soit-elle, qui ne dispose pas des connaissances, ni des compétences pour mettre en place cette « rééducation ». Il est probable que quelqu’un de non qualifié, s’improvisant en « rééducateur » sans être spécialiste du trouble qu’il prétend pouvoir « guérir » ne fasse qu’aggraver la situation.

 C’est pourquoi un partenariat entre équipe pédagogique et équipe médicale est souhaitable. C’est le rôle des spécialistes médicaux de poser un diagnostic fin, et d’avancer autant que possible dans la rééducation. C’est le rôle de l’école de proposer des stratégies de contournement aux dys pour leur éviter la mission impossible de la double tâche.

 Il est de toutes façons souvent plus rentable pour les dys de mettre en place des stratégies de contournement et d’adapter leur environnement, plutôt que de s’obstiner à améliorer un outil qui, sauf erreur initiale de diagnostic (ce qui arrive!) ne sera jamais très performant. 

 

Les 4 piliers de l’apprentissage et la dissociation des tâches

4 piliers de l’apprentissage ont été identifiés par des chercheurs en sciences cognitifs : l’attention, l’engagement actif, le retour d’information, et la consolidation.

 L’attention des enfants dys à l’école, se retrouvant en situation de double tâche, doit constamment se diviser entre la tâche que tous les élèves ont à exécuter, et celle qu’il ne leur est pas possible à eux de réaliser sans attention, parce qu’elle n’est pas automatisée. Or, il est impossible à l’attention de se diviser. L’élève sera contraint de faire des allers-retours incessants entre l’une et l’autre tâche : mission impossible.

 Il est alors fréquent que les élèves dyslexiques perdent le fil, et se désintéressent, comme quelqu’un qui a raté tout le début d’un film et qui ne peut donc pas être « pris » par le suspense ou par l’intrigue : il lui manque trop d’éléments. De même à l’école, le plan de la leçon pensé par l’enseignant ne permet plus à l’élève de se sentir « engagé » : il n’a pas l’espace nécessaire, pour « suivre », pour essayer de deviner, répondre aux questions, toujours à cause de cet aller-retour incessant entre deux tâches.

Il est difficile pour l’enseignant de donner des « feedbacks » à quelqu’un qui est toujours en décalage. Or, il a été démontré que les signaux d’erreurs, les circuits de la récompense ne fonctionnent dans les apprentissages que s’ils sont immédiats. Le temps que le jeune élève « dys » ait noté la question, l’ait comprise, un autre élève a déjà donné une réponse, corrigée par l’enseignant. L’apprenant « dys » reçoit presque toujours un « retour » au mauvais moment : soit trop tôt (il n’a pas encore pu lui-même essayer de répondre à la question), soit trop tard, quand l’enseignant responsable d’une classe de 30 ne peut revenir vers lui qu’au début de la séance suivante par exemple.

 Enfin, le dernier pilier de l’apprentissage : la « consolidation » qui se fait chez la plupart d’entre nous pendant le sommeil, ne se fait qu’imparfaitement chez les dys : certains apprentissages ne s’automatisent pas, alors qu’ils s’automatisent chez les apprenants non « dys ».

 On comprend aisément comment les « dys » prennent rapidement un retard considérable sur les autres. Difficile de leur en vouloir quand ils finissent par « décrocher ».

 

Il n'est pas surprenant que les élèves dys finissent par se sentir isolés, et finalement par "décrocher".

La dissociation des tâches est la clé de la réussites pour les dys.

La bonne nouvelle ? Il existe une solution : la dissociation des tâches. Si elles sont effectuées séparément, ces tâches peuvent être réussies. Ce ne sera pas le cas si elles sont proposées conjointement. Il faudra donc choisir ! Un élève dysgraphique peut

  • soit dessiner des lettres,
  • soit faire de liens, comprendre, apprendre, mémoriser, réfléchir et exercer son intelligence

 Pas les deux en même temps ! Pareil pour la lecture chez un élève dyslexique etc. …

Travailler l’estime de soi et restaurer le goût de l’effort des décrocheurs dys

Une fois que l’on a mesuré les difficultés auxquelles sont exposés les personnes « dys » dans la vie de tous les jours, il est difficile de ne pas ressentir une grande admiration et compassion pour eux. Certains élèves dyspraxiques doivent par exemple contrôler le mouvement de leurs yeux quand ils essaient de lire un texte. Ce qui est seconde nature pour nous, leur demande attention et effort. Il est primordial de témoigner à ces jeunes la compassion et l’admiration qu’on ne manque pas de ressentir pour eux.

Travailler l’estime de soi et restaurer le goût de l’effort des décrocheurs dys est indispensable! C’est pourquoi les précepteurs et toute l’équipe pédagogique du CPP s’engagent à encourager, stimuler tout comportement positif, fixer des objectifs réalisables, valoriser les compétences, rester exigeant et, bien sûr, ne pas stigmatiser. Il est important de faire comprendre aux dys que leur handicap est reconnu et identifié, mais qu’il ne dit rien d’eux, ne les définit pas. Il n’y a aucune corrélation avérée entre troubles en dys et intelligence. Et les personnalités des dys sont aussi diverses que celles des autres.

Stratégies de contournement et adaptation de l’environnement pour les décrocheurs dys. Au CPP : quelques exemples concrets : 

Une salle dédiée au repos des élèves du Cours du Pont de Pierre! Les élèves fatigués peuvent se reposer dans le silence (et l'obscurité s'ils le souhaitent), option sofa, hamac ou "bean-bag" à n'importe quel moment de la journée, quand ils se sentent épuisés en raison d'un trouble ou problème quelconque. Un moment de repos, ou au moins de solitude peut être salvateur!

 Une salle de repos permet aux élèves dys de gérer la plus grande fatigue qu’ils ressentent que les autres en situation d’apprentissage.

Des rythmes individualisés permettent de dissocier les tâches, de recevoir des « feedbacks » immédiats (1 précepteur pour 4 à 6 jeunes) et de ne pas être « perdu » dans un déroulement de cours qu’on ne peut pas suivre.

La lecture de livres audio ou de livres imprimés est valorisée de la même manière : chaque élève choisit ce qui lui convient le mieux.

Des ordinateurs sont mis à la disposition des élèves pour lesquels il est plus facile de taper que de tracer des lettres.

Des supports de cours adaptés : aérés, utilisant des polices plus faciles à lire, avec des textes non justifiés et une mise en page aérée, sans trop de sollicitations. Les élèves n’ont pas à prendre de notes.

Les précepteurs sont régulièrement formés aux troubles en dys par des spécialistes : ils gardent de l’ambition pour ces jeunes, les aident à cultiver estime d’eux-mêmes et personnalité, tout en reconnaissant leurs besoins spécifiques.

Un climat de bienveillance généralisée : chaque jeune du CPP a ses problèmes, et le climat est à l’entraide et à la compréhension des spécificités de chacun, jamais à la compétition ni à l’exclusion.

 Pour en savoir plus sur l’adaptation du CPP pour les dyslexiques, cliquez ici, et ici pour les dyspraxiques, dysgraphiques et dysorthographiques.

 

Et les décrocheurs dys, dans un environnement adapté ?

Comme le dit si bien Caroline Huron, dans les bonnes conditions, « des enfants qui étaient submergés reprennent conscience en leur capacité », « on les voit se rallumer ». « Il ne s’agit pas de nier leurs difficulté » mais de leur dire : « cela ne te définit pas ». « C’est vrai tu as des difficulté » mais il s’agit seulement d’ « un problème d’outil ».

 Des jeunes qui sont « en état de handicap peuvent être des bons, voire excellents élèves » si on leur donne les bons outils.

Plutôt que de juger les jeunes décrocheurs dys (nous parlerons dans un autre article de l’étiquette de « décrocheur ») qui ne font pas ce qui leur a été demandé, demandons-nous : « est-ce qu’ils PEUVENT le faire » ? Ou alors les mettons-nous dans une situation impossible de double tâche cognitive ? A nous de trouver, ensemble, des stratégies de contournement qui permettront leur réussite !

Caroline Huron est une chercheuse française, psychiatre de formation, chargée de recherche à l'INSERM et chercheuse au Laboratoire de neuro-imagerie cognitive dirigé par Stanislas Dehaene. Experte reconnue de la dyspraxie, elle nous a beaucoup inspirés pour écrire cette série d'articles sur les décrocheurs dys et pour former les précepteur.

Références 

 

[i] Sabine de Meester, « Le fonctionnement cognitif dans les apprentissages scolaires », Journée de formation des professeurs documentalistes, 2013, Académie de Dijon

 

 

 

 

Le Cours du Pont de Pierre, pour réconcilier les élèves avec l’envie d’apprendre

 

Le Cours du Pont de Pierre, école privée hors-contrat (primaire, collège et lycée), est né d’un constat : certains élèves ne se sentent pas bien dans une classe de 30 élèves, quelle qu’en soit la raison, et recherchent une autre approche pour leurs apprentissages.

Cette école a été créée pour leur offrir un lieu d’apprentissage dans lequel le rapport qui lie l’élève et l’enseignant est revu, en diminuant le nombre d’élèves et en individualisant chaque enseignement.

Ce que l’on dit du Cours du Pont de Pierre …

« Nous tenions tous les trois à vous exprimer nos très sincères remerciements pour votre accompagnement constant, bienveillant, exigeant mais respectueux du rythme de M. (…) C’est chez vous que M. a pu se reconstruire pas à pas, reprendre confiance, respecter sa personnalité, trouver de nouveaux repères et envisager enfin l’avenir autrement.

C’est auprès de vous tous que nous, parents, avons trouvé confiance et apaisement par votre écoute, votre patience, votre ouverture à chercher sans cesse de nouvelles approches pédagogiques pour aider M. à apprendre jusqu’à trouver celle qui lui convenait, la souplesse, le dialogue, la disponibilité et l’optimisme ! 

Merci d’avoir créé cette école unique en son genre et qui répond à de vrais besoins chez ces jeunes plein de potentiel pour qui le système scolaire classique ne convient pas, c’est une cause tellement louable et importante mais aussi certainement épuisante, difficile à tout point de vue, merci de la mener avec tant de détermination ! Merci pour votre « souple fermeté » avec vos élèves, et le soin que vous mettez à garantir une cohésion et une bonne entente entre eux, celui aussi que vous cultivez à nourrir ces jeunes tant scolairement, mentalement, culturellement que physiquement. Merci pour ce cadre de travail, ces locaux, cette ambiance, qui est selon M. « parfaite », et bravo pour vos talents de sélectionneur : votre équipe pédagogique est très complémentaire, on vous sent tous « reliés » par les mêmes valeurs, c’est une équipe qui aime son travail, ses élèves, son école, chapeau ! (…) 

Maman de M. élève en Terminale S après deux années au CPP

« Voilà, je voulais tout simplement vous remercier pour cette année (…) Je me souviens du premier rendez-vous il y a maintenant 9 mois où on se lançait dans le plus gros défi de ma vie, reprendre les cours (…) ça n’a pas été facile tous les jours, ça a même parfois été vraiment très difficile, mais à chaque fois que je perdais espoir, vous étiez là pour me soutenir.

J’ai eu beaucoup de doutes, mais vous m’avez redonné confiance, vous m’avez fait grandir et avancer (…) »

Une élève de lycée

« P. a retrouvé sa joie de vivre : il rit, blague, jongle, il est bien dans ses baskets grâce à vous et à votre école si attentive à chacun. C’est un vrai plaisir et un grand soulagement que de le voir s’épanouir en toute confiance, soutenu par ses professeurs. »

Grand-Mère d’un élève de troisième