Le Cours du Pont de Pierre accueille un pourcentage d’enfants adoptés largement supérieur à la moyenne des écoles « académiques ». Nous ne sommes pas loin de compte 40% de ces enfants parmi nos élèves. Est-ce un hasard ? Difficile de le penser.

 

Durant les dix années de cours particuliers à domicile que j’ai pu donner avant d’arriver au Cours du Pont de Pierre, j’ai suivi de tels élèves à de nombreuses reprises. C’est à la suite d’une expérience réussie avec une famille qui participait activement à l’association Enfance & Famille d’adoption Paris que d’autres familles ont sollicité mes services. J’ai, à cette occasion, appris à mieux connaître par l’observation et l’interaction les problématiques très particulières qui concernent ces élèves un peu différents et tellement attachants.

 

Ces enfants, ces adolescents n’ont jamais manqué d’attention et d’amour. C’est toujours un geste du cœur qui amène une famille à les accueillir. Et bien souvent, on leur donne encore plus qu’aux autres. Comme s’il fallait soigner une blessure originelle. C’est qu’il y a bien toujours, même lorsque l’adoption est survenue au plus jeune âge, une blessure qui amène des questionnements conscients ou inconscients chez celui qui est accueilli dans une famille différente de sa famille biologique.

 

Dans son livre, « La normalité adoptive », Johanne Lemieux, travailleuse sociale canadienne, rend compte d’une longue expérience acquise au contact des familles adoptives. Elle trace un portrait tout particulier de l’enfant adopté. Ces traits, même s’ils ne sont pas toujours présents tous ensembles chez les enfants adoptés, sont très largement partagés : abandonite aiguë, émotions en montagnes russes, attachement excessif mais aussi difficultés scolaires.

 

L’auteur n’a de cesse de nous rappeler que ces traits de personnalité qui peuvent nous désarçonner sont constitutifs de l’histoire de ces êtres. C’est leur normalité. Plutôt que de les combattre, il faut apprendre à les désamorcer, à les contourner et parfois à faire avec. A ce titre, il lui est arrivé de former avec succès des forces de police canadiennes à des réponses mesurées et adaptées aux crises particulières d’adolescents adoptés. Bien souvent, le passage en force entretient la crise plutôt qu’elle ne la calme.

 

J’ai moi-même pu constater à quel point les observations de Johanne Lemieux collaient à mon expérience. Quoi de plus déstabilisant, par exemple, que d’enseigner, en mathématiques, la logique de l’appartenance à un ensemble à un élève pour qui cette notion pose un problème ontologique ? Combien peut-il être difficile de mobiliser la mémoire à long terme quand on a refoulé des souvenirs difficiles ?

 

C’est par la douceur, la répétition et la dédramatisation qu’il devient possible d’amener l’élève à trouver sa place dans un système éducatif qui n’est pas toujours conçu pour lui. L’appel à un précepteur qui dispose de ce temps d’attention fait alors entièrement sens et s’inscrit pleinement dans les missions du Cours du Pont de Pierre.

Matthieu Evrard

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